50: Flute! 1

Publié le par LeMol

Bon, il est temps de rédiger mes mémoires. Sous forme de feuilleton. Ce sera si tout va bien le prétexte d'un spectacle avec de la musique,

ça s'appelle:


Flûte !

 

Hors Saison   

 

Un jour j’ai frôlé le Général de Gaulle mais je suis de plus en plus persuadé que c’était à la télé : nous étions chacun d’un côté de l’écran.  En revanche j’ai croisé les Frères Jacques en chair et en os. Le plus grand, sans doute le chef, m’a remis sans que je réclame une photo dédicacée du quatuor. Je l’ai toujours (il y a cinq signatures car le pianiste compte aussi). Une fois, avec ma classe de français du Lycée, suite aux démarches enthousiastes d’un jeune prof, j’ai rencontré Georges Perros, le poète, auquel j’ai eu le droit de poser une question. Une autre fois ce fut Roger Planchon à la suite d’une représentation de Bérénice. Ils ne se souviennent probablement pas de moi.

Grâce à un emploi sur les plateaux de théâtre, j’ai pu voir en vrai Jean Rochefort très concentré, Francis Lalanne, beaucoup moins, et Jean Lefèvre, comique également.

Le théâtre m’a comblé un beau jour en m’offrant l’opportunité d’un petit rôle (muet) dans une version dépouillée de Pélléas et Mélisande, l’opéra de Debussy, où j’ai eu l’émotion de camper l’une des prêtresses de la mort, au fond de la scène, la tête dans un sac à patates sobrement percé de deux petits trous qui laissaient tout de même entrer la musique et les applaudissements. J’étais emballé.

J’eus beaucoup de mal à quitter le décor dans le noir total du changement d’acte.

J’ai failli devenir sportif. J’étais là-dessus aussi très éclectique et toute activité me passionnait, surtout le basket, le tennis, l’aviron, le kayak et le judo que je pratiquai quasi simultanément. Mais cette année là je manquai le car qui emportait l’équipe de basket pour une rencontre décisive, je perdis ma raquette, je fis échouer comme barreur notre embarcation contre une pile de pont, j’expérimentai avec douleur l’esquimautage d’hiver dans le Loiret gelé sans réussir le nécessaire rétablissement et je me ramassais au tapis (tatami) propulsé par le jeune et dynamique Guy Delvain qui passait à mes dépends sa ceinture orange en attendant de devenir champion de France.

Je décidai alors de me consacrer à la peinture, mais j’évitai soigneusement d’employer la

couleur orange pendant de longues années. Dans les vernissages, je m’arrange toujours pour annoncer que je connais le général De Gaulle et que j’ai fait du judo avec Guy Delvain, comme ça on me respecte.

 

 

Saison 1          voir ailleurs si j’y suis

 

Pour comprendre mon rapport imbriqué avec l’univers des images, il est nécessaire de rappeler cette anecdote que certains ne connaissent peut-être pas. Quand on allait patauger dans l’atlantique avec maman et mon petit frère, nous fréquentions régulièrement la même modeste station balnéaire. Bien des années après, la nostalgie m’a poussé du côté de la petite station, c’était un jour d’hiver, pendant des mornes vacances. L’endroit était désert à cause de la saison, et je ne retrouvai pas nos marques familiales. La pension hôtel en front de mer avait été remplacée par des logements touristiques de promoteurs, mais le vieux « bazar de l’océan », vestige d’époque,  restait ouvert, guettant le client comme une sentinelle oubliée. Un peu ému, j’y pénétrai pour un voyage dans le temps. Sur un tourniquet je feuilletai les cartes postales qui montraient une animation estivale, histoire d’envoyer un souvenir à maman. Certaines affichaient encore les couleurs saturées des étés « sixties ». J’en trouvai même une où l’on voyait au premier plan deux gamins sages engoncés dans leur bouée rouge ou bleue qui ressemblaient un peu à mon frère et moi, mais en plus ridicules. Je timbrai la carte postale que j’expédiai in situ. Au vu de la photo, maman nous reconnut formellement. L’aurait-elle pu si je n’avais pas déniché cette carte postale providentielle, preuve par l’image de ma présence au monde ? Je souhaite à celui, parti voir ailleurs s’il y est,  de se retrouver un beau jour nez à nez avec soi-même. Et qu’importe le bazar pourvu qu’on trouve le tourniquet.




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Publié dans Extraits divers

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