52: Flute! 3

Publié le par LeMol

Le chapatis est, parait-il, l’aliment de survie des andains. C’est une large et simple galette de farine et d’eau, frite dans l’huile. On peut déguster ça tantôt salé, tantôt sucré. A condition d’avoir ces condiments sous la main. Une fois nos réserves totalement épuisées, ce fut le tour de nos organismes d’adolescents délicats. Il fallut se rapatrier d’urgence et se résigner à oublier la vie au grand air. De retour chez nos parents, il fut convenable d’adopter une allure d’apparence plus urbaine, mais je conservai tout de même le droit de garder sur le dos ma jolie moumoute afghane en peau de chèvre odorante. Avec elle je sillonnais la rue de la République en jetant des regards dédaigneux du côté des vitrines vendues à la « marchandise ». C’est cette brave peau dure et matelassée qui absorba quelques coups de matraques au cours d’une ou deux manifs locales assez énervées. Avec ma bande, nous fréquentions alors un minuscule troquet tombé en disgrâce qui était parfois tenu par J-P, un CRS au cœur tendre. De son côté du comptoir, tout en essuyant les verres, JP nous demandait comme une prière de ne pas nous montrer à la prochaine manif car il redoutait de se trouver en face et devoir nous cogner : « devant les copains, je peux pas faire semblant ! » disait-il avec un accent méridional qui lui donnait une fraîcheur « Pagnolesque ».

 

Je partageai pendant trois ans l’existence de la très aérienne Marie. C’est grâce à elle que je découvris le monde du spectacle. Elle avait trouvé une petite figuration de quelques jours pour un épisode des Brigades du Tigre dont le tournage avait lieu dans la ville. Chaque matin je conduisais Marie sur place pour la reprendre en fin de journée. Le dernier jour elle m’annonça qu’elle ne rentrait pas avec moi. Elle monta dans la VW cabriolet de l’assistant qui l’emportait avec lui à Paris, alors capitale de la France et de tous les désirs. J’étais abasourdi et restais sans bouger. Le cabriolet non plus, car il refusa  tout net de démarrer (sans doute par solidarité avec mon chagrin). Marie, très naturellement, descendit me trouver pour me demander de les aider. Ce que je fis comme dans un cauchemar en les poussant sur la route avec ma vieille 203 Peugeot, noire comme mes pensées d’alors. « Moteur, ça tourne ! ».

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Publié dans Extraits divers

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