51: Flute! 2

Publié le par LeMol

Saison 2  premières femmes, dernières chèvres

 

J’ai tout de suite aimé Margit. Pour l’image. C’était une assez jolie allemande aux cheveux tout raides et surtout la seule fille parmi les « belles » de la colo bilingue à ne pas avoir de petit ami. Enfin, elle avait fréquenté un mono, un grand, avait fini par le lasser et se faire plaquer. Comme j’étais disponible, elle avait bien voulu flirter avec moi vers les derniers jours de vacances. Rentré dans son pays de brumes, elle avait d’abord répondu vaguement à quelques unes de mes lettres enflammées, puis plus rien. Exaspéré par le manque de romantisme de cette walkyrie, je décidai d’aller la trouver chez elle. Un laissez-passer de mes parents (j’étais mineur) me permit de franchir la frontière en stop, et de frapper à sa porte par surprise un matin d’hiver, à l’autre bout de l’Allemagne enneigée. Ses parents me reçurent courtoisement, m’offrirent des tartines et me montrèrent des blessures de guerre, puis appelèrent leur fille qui fit une apparition aussi glaciale que le climat. Elle me fit comprendre en mauvais français qu’elle ne pensait plus du tout à moi, occupée qu’elle était à devenir groupie d’Amon Düül II, groupe de rock psychédélique allemand alors à ses débuts.

A l’entrée de l’autoroute (autobahn), elle fit stopper pour moi une fourgonnette transportant des patates (kartofen) et me quitta sans un mot en me laissant avec le paysan qui était muet lui aussi. Rentré chez moi (Frankreich), je me consolai en écoutant les disques d’Amon Düül et trouvai qu’elle avait finalement bien choisi.

 


 

Plus tard, j’ai connu Marie G. qui m’a fait oublier cette défaite franco allemande. C’est avec Marie que je suis parti garder des chèvres dans les pyrénées. Plutôt : garder une chèvre, car il n’y en avait pas deux là-haut. J’avais tout quitté : mes parents, le lycée en pleine année du bac, un avenir bancale, compromis par le malaise de l’époque, et ma chambre douillette sobrement décorée dans le goût premier empire que ma mère réservait à l’aîné des garçons, le benjamin ayant droit au Knoll plus moderne. En plus de ma copine, j’avais tout de même emporté l’essentiel : une dizaine de 33 tours indispensables pour supporter la vie sauvage. Le problème était que dans le village abandonné aux maisons ruinées dont nous tentions de reboucher les trous, il n’y avait jamais eu l’électricité.  Pendant quelques longues semaines, nous en fument réduits face à la vallée à fredonner Crosby, Still Nash & Young, Led Zeppelin, Jethro Tull et le très festif « come to the sabbath » des très oubliés Black Widow.

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Publié dans Extraits divers

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