numero4: le MOL
Le Manège Obstiné des Lucioles
ne cessera d’éclairer les feuilles obscures. Qui a oublié le MOL ? Le Mouvement Orléans Léthargie anima les jours vibrants de notre cité de pierre, et fit de chacun de ses fils un enfant frais du printemps. L’air palpitait alors d’une envie contagieuse et la cité, radieuse comme une donzelle, ouvrait ses draps qui sentaient la lavande. Sous le règne du MOL généreux, Cupidon était adjoint au maire, la Débrouille était aux finances et Bébert aux affaires scolaires. On voyait nager des petits bateaux de papier dans les bassins de l’ANPE, les policières faisaient tapisserie. Des ateliers littéraires rédigeaient en société les textes des avis et amendes et les confiaient ensuite aux calligraphes.
Au manège des jeunaroulettes un ravissant carillon permanent égayait le parvis grâce aux clochettes mélodieuses fixées sur les planchettes. Les cafés offraient au chaland un verre d’orangeade et les marchands de chaussures proposaient des massages de pieds gratuits pour les piétons fourbus. A l’occasion du défilé annuel entre Royale et République, tous les chefs, notables, VIP, caïds et directeurs de com pouvaient s’offrir à l’admiration du peuple. Le défilé lui-même, radicalement relooké, était rebaptisé « installation urbaine multimédias » sur le conseil de l’Institution Artistique et Religieuse. Nadj en réglait chaque année la chorégraphie. Place Pantoufle, la statue était changée tous les lundis sur un budget évènementiel. Les acteurs culturels, leur cour et parfois quelques artistes offraient dès l'aube, champagne et petits fours dans des vernissages galants où se pressaient les deux tiers de la population, l’autre assurant le service au nom de la Connaissance. Pendant leurs pauses, les intermittents du spectacle amusaient les bébés dans les parcs publics en les initiant à la diction et au maniement du hochet. Partout dans les rues et les ascenseurs, des hauts parleurs poétiques diffusaient les chansons des Têtes Raides pour faire joli. Les chiens faisaient dans des sacs et plus personne ne songeait à cracher par terre. Les gens se considéraient, s’inquiétaient l’un de l’autre. Les mamans ne confondaient plus poussettes et caddies pour encombrer l’espace, les papas dégonflaient leur 4X4 avant de le ranger dans leur poche, les porteurs de téléphones portables chuchotaient leur intimité à l’écart de la rue. Les agresseurs invétérés étaient invités à la courtoisie par des médiateurs agréés versés dans la dialectique et le karaté sans sommation.
Avec le MOL, Orléans était devenue la capitale incontestée de l’harmonie.
En ce temps là, les rêves se mélangeaient aux cauchemars.