Une page de Ténèbres, l'ultime parution des éditions LLL. Un "livre" tout écrit à la main et dans la plus
totale obscurité, ce qui justifie le style et le sujet.
Une page de Ténèbres, l'ultime parution des éditions LLL. Un "livre" tout écrit à la main et dans la plus
totale obscurité, ce qui justifie le style et le sujet.
Parmi quelques tentatives à prétention littéraire, la série LLL (Ligue de
Littérature Locale) m'a occupé pendant plusieurs années. Une dizaine de mini bouquins (14X7cm) tapés à la machine, reliés et cousus à la main, tirés à 15 exemplaires à chaque fois et
expédiés à des connaissances variées. J'en suis l'auteur principal (on n'est jamais mieux servi que par soi-même), à l'époque je m'édite beaucoup, mais d'autres y seront également
représentés comme Arnaud Roi, Agnès Thouvenin, Hélios Tabuenca.
Emplacement du
bandeau
"C'est le titre et l'image
qui engagent un lecteur
à s'attarder aux pages
des livres racoleurs
Aussi j’ai sacrifié
à ce défaut
sinistre
J’ai d’abord hésité
entre deux ou trois titres
Mais comme rien ne vaut
la première
trouvaille
« emplacement du
bandeau »
remporta la bataille
C’est un titre assez court
Il ne
peut pas gêner
et la pire des courges
qui décide au Goncourt
saura bien repérer
où il manque du rouge".
catalogue:
La formalité (J-Ph Boin)
Emplacement du bandeau (J-Ph Boin)
Auto
(compassion) (J-Ph Boin)
Patience (J-Ph Boin)
Le roi des suisses et autres nouvelles (J-Ph Boin)
Je sors (J-Ph Boin)
Mes galops (J-Ph
Boin)
Feu ! (J-Ph Boin)
Arnaud roi des campeurs (Arnaud Roi /J-Ph Boin)
Les yeux dans les gens (Agnès Thouvenin)
Tombeau de Franck Zappa (HéliosTabuenca)
Ténèbres (J-Ph
Boin)
Faut pas prendre les cons pour des gens.
ce petit courrier retrouvé au fond des archives et rédigé autrefois en préambule à la Foire Saint-Aignan,
sous titrée fête du cochon (mi novembre, place Saint-Aignan, Orléans; devenue aujourd'hui Festival de Travers) :
(à Léon B. et René G.)
Chère chair
Avant de vous goûter, j’aurais aimé vous rencontrer. Avoir en prélude un tête à tête avec l’animal plutôt que ses dérivés. Pour vous dire merci en face et vous demander pardon au nom de notre humanité bestiale qui ne vous élève que pour vous abattre.
Mais cette discrétion à ne vous présenter qu’en jambons, saucisses et rillons est sans doute un effet de votre politesse, ou plutôt de votre délicatessen. Pour ne pas mettre à l’épreuve notre sensiblerie.
Ainsi la tendreté qui vous distingue devient par la même occasion une marque de tendresse à l’égard de vos bourreaux.
Car c’est bien de sacrifice qu’il s’agit quand on observe votre destin.
Vous n’êtes bien sûr pas la seule espèce à se laisser charcuter pour nous, on en recenserait des tas, mais vous savez mieux que d’autres incarner notre besoin d’auto carnage, jusqu’à la caricature, en imitant même notre peau glabre, tant et si bien qu’on ne peut s’empêcher de voir en votre image notre propre reflet. Ou notre reflet le plus sale.
Vous saigner c’est un peu saigner notre voisin. Vos cris de détresse sont tellement inhumains qu’on dirait les nôtres. Quand votre sang bruni dégouline de ce corps si naïf et si rose, c’est toute notre candeur de bébé qui semble vider la place.
Vous connaissez votre rôle par cœur, et la pièce est depuis longtemps portée au répertoire.
Comme chaque année nous allons nous permettre de faire la fête sur votre dos (ou sur votre échine). Nous allons nous retrouver pour nous frotter la couenne dans une farandole de réconciliation provisoire dont nous partageons ensemble la complicité rituelle. Piétiné, mastiqué, vous paierez comme il se doit le sanglant privilège de faire office de roi de la fête, alors que nous donnerons hypocritement procuration au charcutier qui fera lui aussi son office en nous épargnant la vue du sang, mais pas celle du boudin. Sacré charcutier !
Ici encore votre sacrifice aura fait œuvre sociale.
Retrouvailles populaires et ripailles en plein air sous la lumière rose. Convivialité, religion, socialisme et charcuterie, voilà une recette de pâté !
Après tout, s’il s’agit d’un programme je préfère encore celui-ci à ceux qui promettent d’autres victimes, n’en déplaise aux amis des bêtes, aux végétariens et aux anti-porc de tous poils.
Saint-Aignan est un saint doux à côté de saint Barthélémy.
Excusez mon débit qui ne cherche qu’à rendre hommage au votre.
Cette missive vous parviendra à temps j’espère et bien sûr franco de porc.
A propos de Franco, en voilà bien un autre.
J.Ph. B.
L’iletré
Pourvu que chaque matin
la clarté du soleil
qui éblouit le ciel
m’atteint !