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Le ver timide (fabliau rustique n°18)
Au bord d’un pré vivait un ver
Il creusait là ses galeries
Sortant rarement de sous la terre
Tant il craignait la moquerie
Il ne mettait le nez dehors
Qu’à condition qu’il fit nuit noire
Et encore il regardait d’abord
Si personne ne pouvait le voir
Il se faufilait en silence
Sans remuer la moindre brindille
Il glanait sa pauvre pitance
Et se contentait de broutilles
Il n’aimait que les recoins sombres
Et ne se sentait à son aise
Qu’à l’abri dans une pénombre
Où enfoui dans la bonne glaise
A ce jeu là il était clair
Que ce ver ne serait jamais
Remarqué d’une dame ver
Qui lui dirait qu’elle l’aimait
Un soir qu’il attendait son heure
Pour oser sortir de son trou
Il aperçut une lueur
Qui clignotait un peu partout
D’abord il n’osa pas sortir
Mais bientôt la curiosité
N’eût pas de mal à enfouir
Le reste de timidité
C’était une révolution
Il avança résolument
Il glissa vers le lumignon
Et découvrit un ver luisant
C’était une belle petite
Comme il n’en avait jamais vu
Son cœur battit encore plus vite
Alors il se sentit tout nu
Il se trouvait pâle et bien terne
Devant cette vision d’amour
Mais s’approchant de la lanterne
Il osa lui faire la cour
Attiré par cet éclairage
Un gros oiseau fondit sur eux
Et s’offrit un joyeux carnage
En s’enfilant un ver ou deux
14/07/2010 18h