Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 14:43

Le prince lugubre (fabliau rustique n°17)

 

C’est encore une histoire de prince. Mais c’est une pauvre histoire, avec une fin minable. Commençons par le décor : un royaume arriéré, perdu au coeur d’une immense forêt qui le tient à l’écart des autres pays et où ne pénètre jamais la moindre nouveauté tant les chemins d’accès sont impraticables et incertains. Quelques villages monotones, une bourgade aux rues fades faisant office de capitale, avec au centre, un gros palais à l’architecture répétitive et déprimante : le palais du roi. La dynastie règne depuis plusieurs centaines d’années sur le pays, mais de la première année de ce règne jusqu’à ce jour, il ne s’est rien passé de remarquable. La simple succession ordinaire des monarques, celle des générations de sujets. Les vies puis les morts. On pourrait y trouver une caution favorable, la sagesse d’une politique rassurante et tranquille, mais c’est le sentiment de l’ennui qui s’est mis à régner et imprégner la mentalité des habitants. Le peuple se morfond dans une torpeur ancestrale qui finit même par perdre sa propre conscience, tant fait défaut le moindre repère de comparaison. Dans le royaume, on s’ennuie par tradition. C’est presque devenu un art de vivre. Les gens  s’habillent de couleurs fades, engagent des conversations banales où il n’est jamais question que du climat, des maladies, du prix des aliments ou des médicaments. Il existe bien quelques histoires drôles, des plaisanteries rabâchées qui circulent, les mêmes qu’on se répète depuis des siècles avec un respect scrupuleux jusqu’aux modulations de la phrase, chaque tentative pour modifier le ton prenant le risque de tomber à plat. En plus, tout le monde les connaît, jusqu’aux petits enfants. On rit un peu, par habitude. Même les rares frasques des notables ne parviennent pas à provoquer des commentaires susceptibles de motiver une agitation.

Mais parmi tous les gens qui peuplent ce royaume, celui qui s’ennuie avec le plus d’ostentation, c’est encore le fils du roi. Celui qu’on nomme « le prince sans rire » promène sa mélancolie à longueur de journée le long des couloirs du palais. On peut voir glisser sa silhouette voûtée le long des hautes fenêtres grises, été comme hiver, du matin au soir, et parfois jusque tard dans la nuit. Le prince marche, les bras croisés dans le dos sous sa cape, sans autre objectif qu’arpenter le palais pour faire passer les jours. Quand il était tout jeune, il lui arrivait encore de sillonner les rues, sans pour autant relever la tête. On l’avait rencontré quelquefois sur les sentiers forestiers, traînant ses souliers dans les épines mortes. Mais depuis des années, il ne quitte plus le palais, rétrécissant toujours sa trajectoire parmi les salles désertes jusqu’à ne plus s’éloigner de la petite enceinte qui cerne ses appartements. On ne le voit plus assister aux rares occasions de fêtes comme le « banquet des souffretteux » que le roi et la reine offrent régulièrement à leurs sujets les plus mal en point. Il ne sort quasiment plus de sa chambre dans laquelle il tourne aujourd’hui en rond, comme en orbite autour d’un tapis de haute lisse représentant un désert avec un squelette.

13/07/2010  17h40

Par LeMol - Publié dans : Fabliaux rustiques
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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 14:40

La grenouille sèche (fabliau rustique n°16)

Il y avait une grenouille qui détestait l’eau. Bon, déjà ça commençait mal pour elle. Sa mère s’était épuisée à lui apprendre à nager, rien à faire, la petite grenouille refusait de tremper ne fut-ce que le bout d’une patte palmée. On chercha longtemps à corriger ce handicap inquiétant. Un canard voisin, qui s’entendait un peu en psychologie batracienne, expliqua cette réticence par le souvenir traumatisant du corps baveux et suintant de papa crapaud, qu’elle n’avait pourtant qu’à peine pu connaître, car celui-ci (un vrai mufle) avait très vite abandonné sa femme et ses têtards pour coasser derrière une rainette de passage avec laquelle il s’était fait la mare. Evidemment, la petite grenouille risquait de se dessécher. Ses meilleures copines tentaient en vain de l’entraîner dans leurs jeux nautiques. Les garçons, pour lui faire une farce, essayaient parfois de l’asperger depuis le bord de l’eau. Rien n’y faisait, la grenouille esquivait promptement en bondissant en arrière. On comprit qu’elle n’aurait jamais le sens commun, ne connaîtrait jamais le frisson aquatique. Les jours de pluie, alors que tout le monde rigolait dehors, elle allait se cacher sous une grosse feuille.

Peu à peu, ses camarades se lassèrent d’elle. On la laissa à l’écart. Sa mère, exaspérée, cessa de lui adresser la parole et ne se préoccupa plus que d’élever ses cadettes. La pauvre petite souffrait pourtant de son état. Se sentant inadaptée, elle décida de partir pour tenter sa chance ailleurs, trouver sa place dans un monde plus sec qui serait fait pour elle. Elle profita d’un jour de canicule pour prendre la route. Elle abandonna tristement son biotope sans pourtant verser une larme, ce qui lui aurait été bien impossible vu le faible degré d’humidité qu’elle contenait. Elle partit à petits bonds sur la route surchauffée. Un soleil radieux, promesse d’un avenir lumineux, ramollissait le bitume.

Dans le pays voisin vivait un prince. Il était super beau, super riche, trop sympa ! Il était chanteur dans un groupe trop génial dont tout le monde adorait la musique, surtout les filles. En plus, il avait des tatouages qui faisaient trop kiffer : un dragon, un aigle, une grenouille. Comme il était prince unique, il était gâté par ses darons, le roi et la reine, qui venaient de lui offrir pour ses quinze ans, une Ferrari décapotable avec laquelle il frimait à mort sur les routes du royaume dès qu’il faisait beau. C’est comme ça que la petite grenouille, qui commençait d’avoir de la peine à se dégager des flaques poisseuses de l’asphalte, vit arriver à toute vitesse une grosse voiture rouge qu’elle ne put, bien sur, pas éviter.

Moralité : … (Là, c’est moi qui sèche !).

13/07/2010  16h10

Par LeMol - Publié dans : Fabliaux rustiques
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Lundi 22 février 2010 1 22 /02 /Fév /2010 23:54

"Flûte!" est mon testament : l'essentiel  de la réminiscence du souvenir des mémoires que je me rappelle (voir chapîtres précédents plus bas). Le reste est sans importance.



Un jour, je serai un vieux con, mais ce n’est pas grave : je m’y suis préparé très jeune. J’avais fait inscrire cette belle phrase de Roland Topor pour illustrer un article dans le catalogue général d’une de mes premières expositions collectives qui me demandait une citation pour situer mon parcours : « tout petit déjà, mes dons pour les arts plastiques faisaient l’admiration de mon entourage. Je gravais d’admirables Paul Klee à la fourchette dans la purée. Maman accrochait les meilleurs dans sa chambre » (Roland Topor / Mémoires d’un vieux con). Ce qui m’avait évité d’être pris au sérieux par les organisateurs qui se méfiaient des jeunes clowns. Enfin une réussite !

 

Saison 5    Os court, so long

 

L, la fille de l’air

C’est à ce moment que je suis tombé dans le vide. Les médecins, les astronomes, les parapsychologues, et même les meilleurs charlatans de l’époque se sont crus autorisés à donner leur avis sur ce qui restera pour moi, comme pour tous, l’énigme du siècle : où étais-je donc passé ? Dès que je pris conscience de mon inexplicable disparition, j’employai tous mes efforts pour organiser, sinon une battue, au moins une expédition de secours, me guidant sur les rares indices que j’avais bien voulu laisser ça et là, mobilisant autour de moi toutes les bonnes volontés que je pouvais trouver. En faisant vibrer l’empathie générale, nous avions réussi à réunir une somme convenable. Nous pûmes acheter quatre dromadaires pour porter équipe et bagages, car nous avions l’intention de profiter du voyage pour découvrir l’univers et l’étudier. Avec ses quatre dromadaires, la caravane courut le monde et l’admira. Pendant de longues années, nous traversâmes des contrées étranges, inexplorées, impensables, des jungles profondes où brillaient les yeux d’êtres si magnifiques qu’on doute encore de leur réalité, si nous n’avions pas croisé des fantômes ou des elfes près des fontaines. Un jour, m’adressant avec crainte et précaution à l’une de ces créatures irréelles, je demandai en lui présentant quelques photos anciennes ou plus récentes, si par hasard elle n’avait pas croisé ce type ? Elle me considéra un moment avec un doux regard inquiet, se retourna sans dire un mot et disparut dans la profondeur des taillis. J’entends encore son pas léger sur les feuilles, qui s’éloigne. Au bout du périple, nous étions bredouilles. Au retour, je trouvai dans le tas de courrier accumulé une curieuse enveloppe en feuille d’eucalyptus. Elle dégageait un parfum d’orchidée, le timbre était la plume d’un oiseau de paradis. Je n’osais pas l’ouvrir, de peur que l’enveloppe ne s’effrite sous mes doigts tant elle semblait fragile. A l’intérieur, il y avait mon portrait, ou du moins je crus y reconnaître mes traits, gravé avec beaucoup de finesse sur une mince écorce tendre, dans un style qui rappelait une culture ancienne. Une sorte de hiéroglyphe (intraduisible) devait joindre quelques informations, peut-être une date, mais au revers de l’enveloppe, pas d’expéditeur. Sans piste plus concrète, j’abandonnai les recherches et l’espoir de me retrouver un jour.

 

I

Privé de moi-même, il fallut pourtant se résigner et continuer la route, car comme a dit j’ai oublié qui : « il faut bien vivre, hein ? ». Au début, je me sentis un peu seul, puis peu à peu, je pris l’habitude de côtoyer le vide qui ne cessait de m’accompagner fidèlement. Il était devenu mon ange gardien, un intime. Avec sa bienveillante complicité, je me vantais partout d’avoir vaincu le vertige, ce sacré vertige qui m’avait autrefois empêché de sortir de l’ascenseur au second étage de la Tour Eiffel, ce bon vieux vertige qui m’épargnait le désir des avions. A fréquenter ce vide, je m’aperçus d’ailleurs qu’il n’était pas si profond que je voulais croire : en se penchant, on pouvait même toucher le fond. Un jour que je me tenais à quatre pattes sur le bord (j’avais de temps en temps des rechutes), par-dessus le vide, j’aperçu I qui marchait non loin de là. J’essayai d’aboyer pour attirer son attention, mais il ne sortit de ma gorge qu’un gémissement pitoyable qui la fit tout de même se retourner. Elle était pressée, ne s’attarda qu’à peine, elle avançait très vite, ne se retournait pas souvent. Je tentais de la suivre. J’apercevais le revers de sa silhouette souple et ondulante, et je me mis à baver. Je bavai pendant quelques années, laissant une trace comme les escargots. Je portais sur le dos ma pesante niche de chien, et je ne rattrapai jamais la belle I au babil aigu qui me lança tout de même un os.

Pendant ce temps, le vide s’était enfin comblé et nous étions devenus socialistes.

 

 Saison 6    Oscialisme

 

Avec le socialisme qui s’incarnait, la peine et la souffrance étaient condamnées à mort. La fraternité osait se montrer dans la rue. Des gens sortaient, communiquaient en brandissant des roses au bout des doigts, sans se douter qu’ils devraient les remplacer bientôt par des téléphones portables. Je vis bien un réfractaire innocent, ou de droite, qui, indigné par la réjouissance collective, arracha des mains de mon frère la fleur délicate qui ne lui avait encore rien fait, pour la piétiner sauvagement sur le trottoir, à notre surprise amusée. On ne verra jamais mon frère piétiner un portable, il n’a pas cette rancune. Moi, j’avais évité de brandir les roses par crainte de me faire piquer. Et, rentré à la maison dès la fin des agapes, j’y retrouvai la peine et la souffrance installées dans le canapé. J’allais me plaindre auprès des nouvelles autorités : je tirai la sonnette toute neuve de la DRAC locale. On me donna un ticket pour faire la queue dans le couloir des artistes. En arrivant à mon tour au bout du couloir, je rencontrai le Conseiller en poste pour l’art plastique. Un type courtois, plein de bonne volonté qui promit de faire tout ce qui était en son pouvoir, c’est à dire presque rien comme il put s’en rendre compte lui-même peu après. Nous étions encore en province et tout restait centralisé. Le vent qui soufflait me poussa donc jusqu’à la capitale pour y exposer de toute urgence mon indispensable talent, profitant de l’excitation du grand show culturel qui se mettait en place avec frénésie pour la récréation des masses, avec la connivence des créatifs : les peintres, les plasticiens, les danseurs, les chanteurs, les designers, les modistes, les parfumeurs, les vidéastes, les photographes, les performeurs, les publicitaires, les mécènes, les fabricants de chaussures, les commissaires priseurs et les commissaires d’exposition, tous les poètes. Au milieu de ce brillant fatras quelqu’un tira au sort mon nom et je reçus avec quelques autre une invitation officielle pour aller présenter mon travail devant l’empereur François Mitterrand en personne, dans son Palais de Chaillot. Mais je refusai avec hauteur, par solidarité avec le souvenir du Duc d’Enghien. En plus, j’avais la flemme : il aurait fallu pour cela décrocher et réinstaller là bas pour une simple matinée l’expo en cours qui était constituée de plein de petits bouts fragiles collés au mur ! Les socialistes n’avaient pas encore eu le temps de mesurer le sens du mot « installation ». Aux oreilles de l’organisateur des pompes protocolaires, ce refus sonna comme un crime de lèse majesté. Je risquais la guillotine. Le couperet tomba, je pris acte de ma disgrâce. Paris m’oublia très vite. Je décidai d’aller vivre à la campagne pour y chercher ma vraie nature. Mais Jouy le Potier n’était qu’une semi campagne. Notre logement se trouvait placé au centre d’un petit bâtiment collectif, genre HLM au milieu des champs, au loyer modéré car construit à l’envers. Le loyer était plus accessible que l’entrée dont la porte, à l’arrière de l’immeuble, donnait sur les prés à l’opposé du parking, qui lui, s’étalait au pied de la porte fenêtre du salon, offrant un panorama permanent sur les pare-chocs et les sacs poubelles entassés contre la potence rustique solognote supportant les boîtes aux lettres. J’entrepris la morne observationde ce no man’s land. J’en commençai l’inventaire systématique sous forme de petites images, que j’archivais sur le support lorgnette d’une série de boîtes de camembert. Je peignai le parking, la R12 jaune des voisins les Luckac, le mobilier en plastique des jardinets adjacents pendant qu’A mettait au point les prémisses de sa longue dépression. Par la cloison nous entendions tousser Monsieur Luckac, vieux gaillard asthmatique réfugié de Tchécoslovaquie. Un matin il expira quasiment dans mes bras alors que je le soutenais en attendant le Samu qui arriva trop tard pour sauver le pauvre homme. Un napperon de dentelle tchèque ou slovaque offert par Madame veuve Luckac est aujourd’hui collé en souvenir sur le pastiche d’une couverture de la revue chic eighties, dont chaque numéro présentait les stars des arts plastiques palpitants de l’époque. L’une mes boîtes à fromage s’appelle « le rosier des Luckac » et la mort aussi est ridicule.

Par LeMol
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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 14:39

Royan blog

 

Les journées passent et je tourne en rond à t’attendre. Tu avais pourtant promis d’arriver avant le 15, et nous sommes déjà le 19 ! J’ai découvert une discothèque du tonnerre où on passe des disques sensas, et même des nouveautés anglaises qui te plairaient. Vivement ce soir que j’y retourne ! Sinon, les journées se ressemblent sous le soleil. Une seule matinée d’averse depuis le début de mon séjour, mais ça n’a pas duré car ici le vent tourne très vite et alors, le temps change. J’en ai tout de même profité pour aller faire un tour en autocar dans les environs. Quand vas-tu te décider à venir, espèce de fainéante ? (Je plaisante.)

Par LeMol
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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 14:36

Chien-attele-blog.jpg

 

Merci pour votre gentille carte. L’image avec le curieux lapin nous a beaucoup fait rire. En échange, nous espérons, Armand et moi, que vous apprécierez ce charmant attelage avec les deux petits mignons. Le gros toutou ressemble un peu à Nestor, non ? Les bambins ont de bonnes joues, c’est le régime de la montagne, et nous en profitons également depuis notre installation ici. Un de ces jours, il faudra venir goûter notre gratin.

Par LeMol
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